
Une nouvelle étude de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE) analyse que ce sont les investissements des collectivités en faveur de la décarbonation des transports, des bâtiments et de l’énergie qui ont progressé le plus rapidement, toutes politiques confondues. Les investissements ont atteint 8,6 milliards d’euros en 2024, soit une augmentation de 59% en valeur depuis 2014.
En complément, l’Observatoire des investissements du bloc local initié par la Banque des Territoires a livré les résultats de sa deuxième édition, portant sur les intentions d’investissement des communes et des intercommunalités en 2026. On y relève notamment une hausse globale de 3,6% des intentions d’investissement par rapport à l’an dernier. Mais en sachant que cette hausse est portée par les grandes villes et les EPCI. Et que seuls certains segments, notamment les déchets, viennent doper le volume des investissements envisagés, le nombre de projets étant en revanche le plus souvent en recul.
On voit bien l’impact négatif des politiques d’austérité imposées par les gouvernements successifs sur les niveaux d’investissements des collectivités.
Voici la synthèse de l’étude de l’I4CE :
« Alors qu’une nouvelle crise énergétique s’installe en France, l’action climatique des collectivités n’a jamais été aussi urgente. Les collectivités ont dépensé 2,5 milliards d’euros en énergies fossiles en 2024 (I4CE, 2026) et jouent un rôle clé dans la décarbonation des secteurs du bâtiment, des transports et de l’énergie du fait de leurs compétences et de leur patrimoine. Le sujet des investissements qu’elles engagent est donc clé pour déterminer si leur action est à la hauteur des besoins tels qu’ils découlent notamment de la stratégie nationale bas carbone (SNBC). Pour ce faire, I4CE dresse un nouvel état des lieux des investissements réalisés par les collectivités en faveur de la décarbonation, données à l’appui.
Les investissements des collectivités territoriales pour la décarbonation dans les secteurs des transports, des bâtiments et de l’énergie s’établissent en 2024 à 8,6 milliards d’euros, soit une augmentation de 59 % en valeur de puis 2014, et de 33 % en volume. La part des investissements dédiés à la décarbonation dans les dépenses d’investissement totales des collectivités est passée de 9,1 % en 2014 à 10,4 % en 2024. Les investissements des collectivités en faveur de la décarbonation ont ainsi progressé plus rapidement que leurs investissements toutes politiques confondues.
Tous les échelons de collectivités ont augmenté leurs investissements en faveur de la décarbonation sur la période 2014-2024. Le bloc communal, qui comprend les communes, les intercommunalités et leurs syndicats, en a réalisé les deux tiers, principalement dans les transports en commun urbains, la rénovation énergétique de ses bâtiments, dont les écoles, les aménagements cyclables et l’efficacité énergétique de l’éclairage public. Les régions en ont réalisé 27 %, presque exclusivement dans le transport ferroviaire et la rénovation des lycées. À noter que, contrairement aux autres échelons, la part de la décarbonation dans leurs investissements a légèrement diminué (18 % en 2024 contre 19 % en 2014). Les départements ont porté quant à eux moins de 10 % des investissements des collectivités en faveur de la décarbonation. Cette part modeste s’explique par la nature de leurs compétences et de leur budget : les départements investissent moins que les autres échelons de manière générale et leur premier poste d’investissement concerne la voirie, un secteur qui ne relève pas des investissements climat.
En 2024, dernière année consolidée, les investissements des collectivités pour la décarbonation ont augmenté de 10 % en valeur comme en volume par rapport à 2023 grâce à l’effort réalisé par les autorités organisatrices des mobilités (AOM) du bloc communal dans les transports en commun urbains et les régions dans le maté riel roulant ferroviaire. Les investissements ont stagné dans la rénovation énergétique des bâtiments et l’électrification des véhicules. Et ils ont diminué de moitié dans les aménagements cyclables. D’après les premières données disponibles pour 2025, année marquée par une contribution des collectivités au redressement des finances publiques, les investissements pourraient continuer de stagner voire diminuer dans la plupart des secteurs.
Pour atteindre les objectifs de la SNBC, les collectivités doivent maintenir leur niveau d’investissement dans les transports collectifs et l’efficacité énergétique de l’éclairage public, accélérer leur effort dans l’électrification des véhicules et relancer la dynamique d’investissement dans les aménagements cyclables et la rénovation énergétique de leurs bâtiments.
Les besoins d’investissement et les enjeux de financement sont propres à chaque échelon et même à chaque collectivité, selon leur patrimoine, leurs compétences, leur situation financière et les leviers dont ils disposent. L’équation financière est d’autant plus complexe que l’urgence de réduire le déficit public est forte, à l’heure où une nouvelle contribution des collectivités est débattue dans le cadre du projet de loi de finances 2027. Le bloc communal devra en outre veiller à ce que le ralentissement habituel des investissements observé en début de mandat ne soit pas incompatible avec la programmation et l’accélération de ses investissements en faveur de la décarbonation.
Pour y parvenir, l’Etat et les collectivités doivent agir collectivement : les collectivités en priorisant leurs projets d’investissement au regard de l’urgence climatique et en s’appuyant sur l’ensemble des leviers de financement existants (fiscalité locale, recettes tarifaires, emprunt, CEE, …) ; l’Etat en renforçant la clarté et la visibilité des mesures de contribution au redressement des finances publiques et en envoyant les bons signaux budgétaires pour orienter et soutenir les efforts des collectivités. »
Mots-clefs : climat, collectivités, écologie, investissements
